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8 septembre 2016

À Coucher dehors d'Aurélien Ducoudray et Anlor



À Coucher Dehors raconte l'histoire d'un SDF qui hérite d'un pavillon de banlieue. Mais pour en devenir l'heureux propriétaire, il doit prouver sa capacité à s'occuper de son cousin, un trisomique adepte d'astronotique. 

Ce scénario rocambolesque est porté par des personnages uniques qui transcendent les clichés. Ils sont en tous points attachants : un trisomique rêveur mais parfaitement conscient, un vieux grincheux qui porte en lui rêves de famille et douloureux secrets, un SDF multi-religieux et un autre sans-abri guérisseur vaudou. Quelle joyeuse compagnie ! 

Sur fond de caricature sociale, les deux auteurs interrogent les liens familiaux et amicaux. Cette bande dessinée nous parle aussi des rêves matériels, poétiques, possibles et impossibles. 

Nous attendons désormais la suite avec beaucoup d'impatience ! Une série à suivre comme Les Vieux Fourneaux ! 


A Coucher dehors, Aurélien Ducoudray et Anlor, Grand Angle, Bamboo éditions








Vous pouvez dès à présent retrouver Aurélien Ducoudray pour un portrait cyanuré et caricatural de Kim Jong Il chez Delcourt. 




Les deux auteurs ont par ailleurs déjà collaboré autour d'une série Amère Russie qui dresse un portrait critique des relations entre la Russie et la Tchétchénie. Une série que je m'empresserais d'aller lire ! 





27 août 2016

Rendez-vous à Phoenix, Tony Sandoval

Une nouvelle BD de Tony Sandoval ! 

Dans un album très différent de tous ses albums précédents, il nous livre un récit autobiographique étonnant. Mexicain, il nous raconte son passage de la frontière mexicaine vers les Etats-Unis. Pour devenir dessinateur et retrouver sa petite amie, il n'a d'autre choix que de passer cette frontière, tragiquement mythique. 
Il tente par divers moyens de réussir son entreprise : passeur, désert, incarcération sont désormais son quotidien. Mais rien ne le désespère.





Avec ce récit réaliste, il nous livre une partie de son intimité. l'histoire est jalonnée par les pensées du dessinateur qui porte un regard critique sur son attitude passée : "Mon plan naïf, c'était de traverser la frontière par Nogales jusqu'à Phoenix en passant par Tucson, où ma copine Suzy m'attendrait. On voyagerait ensemble en voiture jusqu'à Portland pour une nouvelle vie ! Mais la traversée me ramena très vite à la réalité..."

Cet album est particulièrement étonnant : le personnage principal ne trahit pas son inquiétude et toute l'épopée semble être un élément banal du quotidien parfois. Mais c'est ce qui fait le tragique de l'histoire. C'est le quotidien de ces mexicains, qui pour sortir de la misère, retrouver leur famille, travailler, sont dans l'obligation de quitter leur pays. Ce récit se déroule en 1994. On voit déjà les difficultés pour les mexicains de passer les frontières. Avec la création d'un mur, toujours plus haut, le rejet de l'étranger se fait toujours plus grand. Et le danger d'une xénophobie croissante n'est pas éloignée, avec des politiques aussi insane que Trump. 

Un album à découvrir et qui nous montre une nouvelle facette de cet artiste !

Rendez-vous à Phoenix, Tony Sandoval, Paquet

11 août 2015

Nocturno de Tony Sandoval

Nocturno est tout simplement la meilleure bande dessinée qu’il m’ait été donné de lire.

Auditrice de métal, l’univers noir et musical de Tony Sandoval ne pouvait que m’emporter. Nous suivons la trajectoire de Seck chanteur dans un groupe et celui qui parle aux morts. Entre une réalité où surgissent les imaginations des personnages et le monde des Limbes, Seck garde le mystère et la force vitale. La romance qui accompagne la trajectoire de Seck ne se teinte pas des habituels roucoulements idiots, ce qui permet à l’auteur de garder sa bande dessinée dans la force qu’elle dégage.



Le dessin singulier reste très divers. On côtoie plusieurs style de techniques plastiques (crayon, noir et blanc, couleur, fusain, aquarelle) qui diversifient la lecture et l’attention est constamment captée par cette diversité. Chaque détail est un poème visuel. Car cette bande dessinée est aussi un poème par son dessin magnifique, son histoire romantique et son écriture au sein des phylactères.

Le point culminant de Nocturno reste les planches représentant les concerts. Ces dessins sont tellement puissants que l’on peut entendre le doux son du métal. J’ai beaucoup pensé au groupe Gojira en admirant ces planches.




Vous êtes adeptes de métal ? Vous aimez les histoires noires, mystérieuses, profondes ? Nocturno vous enchantera. Sinon ? Lisez-la quand même ! 

Nocturno, Tony Sandoval, Paquet
Février 2012, 25.00 €

3 août 2015

Le Divin, Asaf, Luther Hanuka et Boaz Lavie




Le point de départ de cet album ? Une photographie, celle deux enfants, de deux frères jumeaux, Johnny et Luther Htoo, qui prirent en otage 800 personnes durant le conflit birman au début des années 90. Devant cette photo, nous sommes confrontés aux ravages de la guerre et à la réalité des enfants soldats, marqués par la perte de l’innocence, des enfants devenus adultes trop tôt dans la violence et la cruauté.

A seulement 12 ans, Johnny et Luther Htoo furent les leaders d’un groupe de réfugiés appelés les Karens. Il s’agit d’un groupe ethnique tibéto-birman. Ce groupe combattit l’armée birmane, qui les avait exilés et privés de leur terre. Les jumeaux luttèrent sous le nom de « L’Armée de Dieu ». Une véritable légende se construisit autour de ce regroupement et en particulier autour des deux frères : dotés de pouvoirs surnaturels,  ils auraient été capables de survivre aux armes birmanes.

Les trois auteurs du Divin se sont inspirés de cette photographie et de la légende qui y était associée pour imaginer un conte cruel sur les enfants-soldats. Entre la naïveté du personnage principal, l’ego surdimensionné de son supérieur bodybuildé et la fausse innocence des jumeaux, les créateurs entraînent leurs lecteurs sur un champ de mines, dans lequel ils ne sont jamais à l’abri d’être surpris par une bombe. Mark, le personnage principal, après avoir soigné un  jeune enfant retrouvé en pleine forêt birmane, est kidnappé par un groupe d’enfants âgés d’environ neuf ans. Il est alors témoin des nombreux pouvoirs des deux leaders, capables d’invoquer les esprits ou de désamorcer une bombe par la simple pensée. L’histoire se termine en conte fantastique, effrayant, où les pouvoirs surnaturels jaillissent de la douleur des exilés, en gerbe rose et rouge, mélange de magie et de sang.

J’ai eu du mal à m’adapter au style graphique dans un premier temps. C’est la première fois que j’étais confronté à ce type de dessin qui m’a un peu déstabilisée. Les couleurs sont cependant magnifiques, et les dominantes rappellent les couleurs de la guerre, celles des treillis. Seuls les éléments fantastiques prennent d’autres teintes, ce qui contribue à l’effet de surprise. Un petit plus avec les illustrations sur une planche entière, présentes à la fin de l’album et qui sont particulièrement splendides.

                Pour moi, c’est un bel album que j’ai aimé pour son traitement du problème ethnique : l’opposition comparative de la technique froide de la guerre, des armes modernes et des légendes traditionnelles souligne l’incapacité de la technique face à la force des croyances. Les pouvoirs surnaturels repoussent les engins de mort contemporains. Un authentique plaisir esthétique et un bon traitement de la problématique guerrière.

Le Divin, Asaf et Luther Hanuka (dessins et couleurs), Boaz Lavie (scénario)

Dargaud, 20,90€.
Janvier 2015

15 juin 2015

Journal d'une Femen - Michel Dufranne & Séverine Lefebvre

FEMEN.
Ce mot vous évoque déjà de nombreuses images : jeunes femmes manifestant topless, bombes dont les revendications sont floues, ou encore seins, juste seins, encore seins. Autant d’images prémâchées par les médias, où seuls prévalent les raccourcis en tout genre, sur un mouvement totalement méprisé, incompris et ridiculisé en France.
                Dans Journal d’une Femen, rien de tout cela. Aucun jugement ne transparait dans la bande dessinée de Michel Dufranne et Séverine Lefebvre. En ceci, c’est un véritable tour de force. Tout d’abord, le scénario permet une immersion dans le mouvement militant activiste par le biais d’un personnage, une jeune française (et oui, le mouvement français est composé aussi de françaises) qui décide de s’engager dans les Femen pour lutter contre le sexisme quotidien. Quelques belles pages sur ce thème commence l’album et on ne peut s’empêcher de sourire tant les situations sont connues et vécues quotidiennement par les femmes. L’immersion dans la vie d’Apolline permet un recul nécessaire sur le mouvement. On l’appréhende de l’intérieur par les sensations et les réactions d’Apolline ce qui permet d’être à la fois proche et de ne pas prononcer de jugement sur le mouvement lui-même.
                Ce qui m’a particulièrement plu dans cet album, c’est que les FEMEN ne sont pas traités à partir des clichés. Michel Dufranne a fait un véritable travail préalable en suivant ces femmes pendant deux ans environ, ce qui lui a permis de sortir des clichés. Les FEMEN ne sont pas toutes des lesbiennes, ni des garçons manqués. Elles ne sont pas non plus des mannequins slaves, avec un corps de rêve. Non ce sont des femmes, des femmes qui assument leur féminité, la revendiquent et sont, en réalité, comme tout le monde, comme toutes les femmes, débarrassées des fantasmes machistes. On apprend également que le mouvement demande un véritable engagement, un engagement autant moral (pour tout ce qu’il implique de dénigrement, d’injures et autres politesses d’un monde phallocentré) que physique (les actions qu’elles mènent demandent un entraînement physique difficile).
                Le dessin de Séverine Lefebvre embrasse parfaitement le scénario qui se veut à la fois réaliste mais sans tomber dans le combat engagé, qui ne laisserait pas de place à la vitalité vitaminé. Avec des couleurs pop, un dessin simple mais efficace, qui donne un dynamisme optimiste à l’histoire, je pense qu’il rend un bel hommage à des femmes dont le combat est difficile, car non reconnu. Et oui, même en France, il y a encore beaucoup à changer, peu importe ce qu’on en dit. Un album didactique et pétillant !




Journal d’une Femen, Michel Dufranne et Séverine Lefebvre, Le Lombard
Septembre 2014, 16,45

5 juin 2015

Le Bleu est une couleur chaude, Julie Maroh

                A une semaine du référendum pour le mariage gay en Irlande, (les Irlandais ont eux aussi dit Oui à l’Amour et à l’égalité), il me revient le titre d’une bande dessinée dont je ne vous ai pas encore parlé. Oh horreur ! Car il s’agit d’une de mes bandes dessinées favorites ! Le titre de cette merveille est Le bleu est une couleur chaude, écrite de Julie Maroh. L’histoire aborde la découverte de l’homosexualité que ce soit d’un point de vue moral (acceptation de l’amour, de la différence, découverte de soi) que d’un point de vue physique (découverte de la sexualité, du rejet des autres).

                Cette bande dessinée, toute en douceur, joue sur la suggestion toujours sous cette double perspective morale et physique. L’aquarelle bleutée se mêle au trait plus dur de l’encre. La vie de Clémentine est toute de noir et blanc avant l’apparition d’Emma. Mais avec le bleu des cheveux de la jeune fille, les couleurs s’adoucissent pour faire entrer la tendresse. Nous pouvons également y voir la volonté d’apporter une troisième couleur dans un monde trop manichéen. Ce qui m’a particulièrement plu dans cet album : cette tendresse et la suggestion douce, sans pour autant tomber dans une pudeur fautive. Les choses sont transmises dans la simplicité, le message est simple : l’amour est simple, il suffit de l’accepter. Alors quelle fut ma déception face à l’adaptation cinématographique intitulée La Vie d'Adèle : il n’y a rien de simple, la suggestion fait place au spectacle complet de l‘acte sexuel mais également des sentiments des personnages. Une vraie déception. Alors, si vous souhaitez découvrir cette très belle histoire, lisez la bande dessinée =)


Le scénario et la narration possèdent également de grandes qualités. Julie Maroh fait voyager son lecteur à travers le temps, brisant la narration linéaire qui représente un des défauts majeurs de nombreuses bandes dessinées. Cette BD se lit comme un roman du point de vue de la narration mais apporte un atout avec le dessin absolument magnifique. 


Le Bleu est une couleur chaude, Julie Maroh, Glénat,
Mars 2010, 17,50

24 mai 2015

Lorsque... Eléonore Zuber


                La série « Lorsque » consiste en de petits fascicules avec un dessin sur chaque page qui décortique un état présent dans le titre  (Lorsque je suis amoureuse, Lorsque je picole un peu trop, Lorsque je suis déprimée, etc.) L’auteur et illustratrice Eléonore Zuber, issue des Arts Décoratifs de Strasbourg, propose de petits dessins cocasses sur des situations de la vie quotidienne. Un dessin simple, plein d’humour qui fait sourire. On ne peut que se reconnaître !



                Ce petit livre est parfait pour accompagner un cadeau d’anniversaire par exemple. Vous trouverez forcément un clin d’œil à faire, et pour pas cher !


                Et pour ceux qui deviendraient fans de la série, il existe l’intégral =)

Lorsque ... Eléonore Zuber, Cambourakis, 5,90€.

Novembre 2007.